Adulte, Ma vie d'auteure

Chapitre 5 – Partie 3

Les deux amis s’apprêtaient à partir. Ils avaient préparé leurs balluchons discrètement, car ils savaient que jamais Maître Vicure ne les laisserait s’en aller. Au moment où ils allaient franchir la porte de la maison, une voix cinglante les fit sursauter :

— Où allez-vous ? tonna Maître Vicure.

    Akya ne se démonta pas et répondit sèchement :

— À Tosgoube ! Nous devons sauver ma mère et mon frère ! Vous n’avez pas le droit de m’en empêcher !

— Faux, jeune homme ! Vous n’irez nulle part !

    Akya laissa sa colère exploser. Il entendit Elias le supplier de ne pas le faire, mais c’était trop tard. Le processus de métamorphose était lancé. D’un bond, il sauta par la fenêtre. Il ne sentait rien d’autre que la puissance de ses muscles et cette douleur insupportable qui lui déchirait le cœur. Il poussait sa force pour aller toujours plus loin. Mais petit à petit, il ralentit le rythme et se mit à marcher pour finalement arriver en haut d’une falaise où il s’arrêta. Il reprit alors sa forme humaine et s’assit en tailleur sur un rocher qui surplombait la vallée. La vue sur le spectacle que la nature lui offrait acheva d’éteindre sa colère. Il réalisa soudain qu’il s’était comporté comme un enfant et non comme le Légendaire. La honte le submergea. Il comprit qu’il avait un gros travail à faire sur lui-même s’il voulait être digne de la déesse Mère et du peuple Mornande. Un autre souci se posa. Il ne savait absolument pas où il était et comment il allait faire pour rentrer. Un cri strident lui fit lever la tête. Le griffon traça plusieurs cercles avant de se poser tout en douceur à côté de lui. Lentement, il laissa la place à Elias.

— Mais bon sang Akya, qu’est-ce qui t’a pris de réagir comme ça ?

— Je vais avoir des ennuis ? répondit son ami, soudain conscient de la gravité de son geste.

    Elias poussa un soupir :

— Quoi qu’il arrive, n’oublie pas que sous ses airs autoritaires, Maître Vicure est un homme juste et bon. Son rôle aujourd’hui, est de veiller sur toi. Et crois-moi, au risque de te déplaire, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour te protéger. Bon, ce n’est pas tout, mais Maître Vicure nous attend et je pense qu’il soit judicieux de le faire attendre plus longtemps !

    Akya acquiesça la mort dans l’âme et c’est le cœur lourd qu’il suivit son ami sur le chemin qui les ramenait à la maison.

    Le vieil homme était assis dans un fauteuil près de la cheminée et tirait sur une pipe en bois d’où s’échappaient des volutes de fumée d’un vert tendre.

— Hémera vous a gardé votre repas au chaud. Après avoir mangé, Elias tu iras t’occuper des chevaux, quant à toi, Akya, tu viendras me rejoindre dans mon bureau. Ne tarde pas trop, je n’aime pas attendre ! ordonna-t-il sur un ton qui n’admettait aucune réplique.

    Akya sentit la colère monter en lui. Il ne pouvait pas le laisser lui parler comme à un gamin alors qu’il est le Légendaire. Il allait répondre lorsqu’un regard de Maître Vicure le stoppa. Le jeune homme préféra battre en retraite. Il aurait tout le loisir de dire ce qu’il pense quand ils seront dans son bureau. Dans la cuisine, Elias attrapa Akya et le plaqua durement contre le mur :

— Bon sang, mais qu’est-ce qui te prend ? Tu es devenu dingue ?

    Akya se dégagea de l’étreinte de son ami :

— Mais il n’a pas à me parler comme ça. Je ne suis plus un gamin !

— Non, effectivement, tu n’es plus un gamin. Pourtant…

    Hémera entra dans la pièce, coupant court à la dispute des garçons.

    Après le repas, Elias partit s’occuper des chevaux, tandis qu’Akya se dirigea vers le bureau de Maître Vicure. Il frappa timidement à la porte. Sa colère était retombée et il se sentait ridicule d’avoir réagi de la sorte.

— Entre !

    Debout devant la fenêtre, le vieil homme lui tournait le dos. Sans se retourner, il dit :

— Ferme la porte et viens à côté de moi !

    Akya fit ce qu’il lui demandait et s’approcha lentement, ne sachant pas trop ce qui l’attendait. La vue sur la forêt était imprenable. Elle dévalait la montagne pour se couler le long de la vallée. Il y avait des arbres à perte de vue, aussi loin que le regard pouvait porter. C’était magique. Après avoir admiré le paysage, Akya osa un regard vers Maître Vicure. Son silence commençait à le mettre mal à l’aise. Il en profita pour le dévisager. C’était, malgré son âge, un bel homme. Il avait les yeux gris, un nez fin surplombant une mâchoire carrée, déterminée. Ses cheveux blancs descendaient sur ses épaules. Estimant qu’il avait assez fait monter la pression, Maître Vicure se décida à prendre la parole :

—  Vois-tu mon garçon, je comprends parfaitement que tu sois en colère. La mort de ton père, la disparition de ta mère et de ton frère et pour couronner le tout, tu apprends que tu es le Légendaire et que l’avenir de l’empire de toi. Mais tout cela ne te donne pas le droit de défier mon autorité !

    À ce dernier mot, le sang d’Akya ne fit qu’un tour dans ses veines. Il serra les dents pour ne pas laisser une réplique cinglante franchir ses lèvres.

— Pour aujourd’hui, je passe l’éponge ! continua Maître Vicure. Mais sache qu’à l’avenir, je ne tolérerai plus aucun égard de conduite. Tu es le Légendaire et tu dois, dès à présent, acquérir une discipline irréprochable. Tu ne peux plus te permettre de faire des caprices comme un enfant. Peut-être que cela passait avec tes Maîtres, mais il n’en sera pas de même avec moi. Tu peux en être sûr ! Me suis-je bien fait comprendre ?

— Oui, Maître ! répondit Akya en murmurant.

— Très bien ! Maintenant que cela est réglé, nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses ! reprit Maître Vicure en se dirigeant vers la bibliothèque. Il prit un livre recouvert de cuir rouge qu’il donna à Akya avant d’aller s’asseoir à son bureau.

    Le jeune garçon lut le titre écrit en lettres dorées sur la couverture : « Les origines de la magie ». Étonné, il regarda Maître Vicure, se demandant bien ce qu’il attendait de lui.

— Tu le liras et me feras un résumé en deux feuilles. Hémera te montera des parchemins, une plume et de l’encre. J’attends ton travail pour demain matin !

    Akya resta sans voix. Bon sang, même ici, il allait devoir travailler. Tout ce dont il avait horreur. Maître Vicure observa la réaction du jeune garçon et sembla satisfait de sa réaction.

— Autre chose, mon garçon ?

— Non… Non ! bégaya Akya, dégoûté.

— Très bien. Alors si j’étais toi, je me mettrais rapidement au travail !

    Le Légendaire lança un regard haineux à son Maître et quitta le bureau en claquant la porte.

Chapitre 6 – Partie 1

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