Adulte, Ma vie d'auteure

Chapitre 5 – Partie 1

    Le soleil émergeait à peine au-dessus de l’horizon. Akya était réveillé depuis plusieurs heures et contemplait la lumière orangée qui embrasait le ciel. Un tableau dont il ne se lassait jamais. En face de lui, les montagnes aux sommets enneigés semblaient briller sous les rayons de l’astre du jour. Il écouta les premiers chants des oiseaux. La forêt commençait à s’éveiller. Il ne se retourna pas quand il entendit les légers coups frappés à la porte de sa chambre. Maître Vicure entra et déposa sur le lit un ensemble composé d’un pantalon et d’une chemise de lin blanc, ainsi qu’une paire des sandales en cuir. 

—  Il est l’heure de te préparer, mon garçon ! Nous t’attendons devant le temple.

    Akya se contenta de hocher la tête. Une fois le vieil homme parti, le jeune comte se déshabilla, plia avec soin son vêtement de nuit et la plaça au pied de son lit. Il passa la tenue pour le rituel et se lava les pieds dans une bassine en cuivre avant de mettre les sandales et se dirigea ensuite vers le temple de la déesse Terras qui jouxtait la maison. Maître Vicure et Elias l’attendaient devant la porte du lieu de culte. Ils tenaient entre leurs mains des bougies parfumées et psalmodiaient des prières. Akya ne put réprimer un frisson qui lui parcourut l’échine. Il ne savait pas du tout quelles épreuves la déesse Mère lui avait réservées. Et si elle le jugeait indigne de gouverner la contrée de l’Adalle aux côtés de son père, c’était la mort qu’elle lui offrirait. Akya prit une profonde inspiration et mit un genou à terre afin de recevoir la bénédiction de Maître Vicure. Elias lui tendit une timbale en argent dont il but le contenu. Une potion à bases d’herbes qui avait pour vertu d’ouvrir le cœur et l’esprit à la venue de la déesse.

    La lourde porte du temple se referma derrière le jeune comte dans un bruit sourd. L’écho du cliquetis métallique de la serrure alla rebondir sur les pierres du bâtiment. À présent, il allait se retrouver seul avec lui-même pendant les trois prochains jours, sans manger ni boire. Akya remonta lentement vers l’autel et prit place sur un coussin de velours rouge brodé d’or, posé à même les dalles. Assis en tailleur, il laissa les fumées hallucinogènes des bougies du temple prendre possession de son âme. Il perçut son esprit quitter doucement son être, une sensation de plénitude l’envahissait. Des images, d’abord floues puis de plus en plus nettes, l’assaillirent. Le château de Tosgoube était en grand danger, assiégé de tous côtés par des monstres sans tête. Son père défendait vaillamment son fief, mais il faiblissait sous le nombre croissant de ces immondes créatures. Akya, le souffle court, sentait la sueur dégouliner de son front jusque dans la nuque et couler le long de son dos. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Son père disparut d’un coup dans un nuage de fumée. Les hurlements cessèrent. Akya commença à se clamer, se rappelant qu’il était dans le sanctuaire. Il reprit lentement sa respiration, persuadé que tout ceci n’était qu’un cauchemar. Mais une des bougies sur l’autel attira son attention. Une fumée de plus en plus épaisse s’élevait vers la voûte du temple. Les contours de deux silhouettes se dessinèrent dans le gris de ces volutes. Des visages apparurent. Sa mère et son petit frère courraient, la terreur se lisait dans leurs regards. Akya aperçut derrière eux une horde d’Arcantes lancée à leur poursuite. Neer trébucha sur une pierre. Dame Shalaia se retourna et attrapa son enfant, mais c’était trop tard. Les Arcantes venaient de les encercler. Akya se prit la tête entre les mains et ferma les yeux et tout en se balançant d’avant en arrière, se mit à pleurer. Il se bouchait les oreilles pour ne plus entendre les cris de frayeur de son petit frère.

    Un hurlement tout près le fit sursauter :

— Akya !

Debout devant lui, le visage en sang et déformé par la douleur, le comte de Tosgoube le regardait avec fierté !

— Père ! murmura Akya la gorge nouée.

— Nous avons besoin de ton aide, mon fils ! Ils sont trop nombreux, nous n’arriverons jamais à les vaincre. Le sang des Tosgoube abreuve les terres de la contrée de l’Adalle. Toi seul as le pouvoir de nous rendre notre honneur. N’abandonne pas ta famille !

    Akya voulut se précipiter dans les bras de son père, s’y lover une dernière fois, mais ses pieds refusèrent d’avancer. Il baissa les yeux et s’aperçut avec stupeur que ceux-ci avaient disparu dans la dalle. Il se tourna alors vers son père pour lui demander pardon de n’être pas à ses côtés, lorsqu’au même instant, une lance transperça le torse du comte de Tosgoube. Le sang gicla sur Akya, sa tenue en lin blanc se tinta de rouge. Une violente douleur lui serra la poitrine. Il s’écroula à genoux et dans un ultime geste d’espoir tendit les bras vers son père.

— N’oublie pas mon fils que ton destin est de sauver le peuple Mornande ! Je t’aime, mon enfant !

    Les larmes brouillèrent sa vue. Il tenta d’agripper son père, mais ce dernier disparut dans un nuage de fumée. Épuisé, brisé, Akya glissa sur les dalles. Il se recroquevilla sur lui-même et laissa les sanglots s’emparer de lui. Il l’avait compris, il ne reverra jamais son père, son héros !

    Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, allongé sur les dalles, probablement une éternité. Un halo de lumière éclaira doucement le temple. Une magnifique femme, les cheveux bruns retombant en cascade sur ses reins, les yeux d’un bleu océan et vêtue d’une robe d’un blanc immaculé, s’approcha du jeune garçon. Elle prit son visage entre ses mains, essuya les larmes du bout des doigts et plongea son regard dans le sien. Akya se noya dans le bleu de ses yeux. D’une voix enchanteresse, la déesse murmura :

— Dès ta conception dans le ventre de ta mère, j’ai su que j’avais enfin trouvé le Fils que j’attendais depuis si longtemps !

— Le Fils ? Je ne comprends pas Mère !

— Attristé par le comportement d’un homme guidé uniquement par son mépris de la vie, je décidais de ne plus laisser faire de telles abominations. Alors, j’ai cherché un enfant qui porterait en lui les qualités indispensables pour sauver l’empire Mornande : courage et altruisme. Il y a seize ans aujourd’hui, ma fille Lunas a versé des Larmes de Sang. Et cette nuit-là, mon enfant, tu es venu au monde !

    Akya comprit ! Mais le temps qu’il demande à la déesse ce qu’elle attendait de lui, elle avait disparu et le halo de lumière avec elle, le laissant seul face à son destin. Alors, le jeune garçon posa le front sur les dalles et se mit à prier. Il pria pour l’âme de son père, il pria pour que sa mère et son frère aient la vie sauve et enfin, il pria pour le peuple Mornande. Soudain, il l’entendit. D’abord très lointain, puis de plus en plus près. Un grondement profond se rapprochait de lui. Il leva lentement la tête et le vit ! L’animal majestueux le fixait de ses yeux vert émeraude. Son pelage noir brillait de mille diamants à la lueur dansante des bougies. Il se redressa lentement et tendit les mains vers l’animal qui cessa de immédiatement de grogner. Akya comprit qu’il était sa métamorphose. Il s’allongea sur le dos, les bras le long du corps et ferma les yeux. L’animal se coucha sur son torse. Le Légendaire ne ressentit aucune douleur quand la panthère plongea la gueule dans sa poitrine. Il adressa une dernière prière à la déesse Mère et se laissa aller à la douce chaleur qui l’envahissait. Son cœur cessa de battre !

La suite de l’histoire, c’est par là Chapitre 5 – Partie 2

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